Journée du 28 juin 2008, Château-Thierry

Journée du 12 juillet 2008, Coulonges-Cohan

Journée du 15 juillet 2008, Dormans

Journée du 16 juillet 2008, Ville-en-Tardenois

Journée du 17 juillet 2008, Souain

Journée du 18 juillet 2008, Epernay

LA CONCENTRATION ALLIÉE, AVANT LA 2e BATAILLE DE LA MARNE

Merci à la personne qui nous a transmis ce texte extrait de "La Guerre racontée par nos Généraux", édité par la Librairie Schwarz, en 1921

Texte du Maréchal Fayolle

 

Le 12 juillet, enfin, le commandement français est fixé sur le point le plus important : il n y aura pas d'attaque combinée sur le front anglais et tout l'effort portera sur le front français, de la Marne à la Champagne.

Bientôt, en effet, on constate que les réserves, accumulées derrière le front du Kronprinz bavarois, en face des Anglais, descendent vers le groupe du Kronprinz impérial. D'après les renseignements recueillis, ce mouvement de rocade aurait commencé le 24 juin et on en déduit que l'attaque se produira vraisemblablement vers le 14 juillet.

Cette dernière déduction est d'ailleurs confirmée par les déclarations des prisonniers qui s'accordent à dire que l'attaque se produira le 13 ou le 14.

Même on arrive à connaître les limites exactes du secteur passif de Reims ; il s'étendra du fort de la Pompelle à l'est, à Vrigny, à l'ouest.

Dès lors, il devient possible de jouer librement de nos réserves et de concentrer les moyens derrière le G. A. C. et le G. A. R. Il n'y a d'ailleurs pas une heure à perdre.

Aussi, dès le jour même, 12 juillet, le général Pétain prélève-t-il cinq divisions sur les réserves de son aile gauche, remises à sa disposition par le général Foch. A partir de ce moment, le général Foch et le général Pétain réunissent leurs efforts pour qu'aucune division, quelle que soit son origine, française, anglaise ou américaine, ne reste en dehors de la bataille, inutile.

C'est avec toutes leurs forces que les Alliés , comme les Allemands, joueront cette partie qui doit décider du sort de la guerre.

Dans ce but, le général Foch ordonne un premier prélèvement de dix divisions sur les réserves du maréchal Haig, dont quatre à transporter immédiatement derrière le G. A. C.

A la suite de l'ensemble des mesures prises, la masse des réserves dont disposera le général Pétain s'élèvera à trente-huit divisions d'infanterie et six divisions de cavalerie.

Ces réserves, il les répartit entre le front défensif et le front offensif. Vingt-quatre divisions d'infanterie et trois divisions de cavalerie sont attribuées au C. A. C. pour la bataille défensive, le reste au G. A. R.

Comme le G. A. C. a déjà à ce moment vingt divisions en secteur entre l'Argonne et Château-Thierry, c'est avec quarante-quatre divisions (20 + 24) qu'il recevra le choc allemand.

On estime que ce dernier se produira avec un effectif compris entre soixante et soixante-dix divisions. La manúuvre compensera la différence.

De ces quarante-quatre divisions, trente et une sont affectées en propre au commandement du groupe ou à ses armées ; treize restent en réserve générale, à la disposition du commandant en chef avec les trois divisions de cavalerie. Ces treize divisions sont destinées à former trois groupements : l'un, à droite, derrière le point de soudure des IIe et IVe armées, comprenant quatre divisions prélevées sur le G. A. E. ; le second, au centre, à cheval sur la Marne, entre Châlons et Epernay, comprenant également quatre divisions ; le troisième sera formé de quatre divisions anglaises et d'une division française.

Le 1er corps de cavalerie, avec ses trois divisions, reste au sud de Châlons.

Le Q. G. de la IXe armée est disponible, à Fére-Champenoise.

Comme nous l'avons déjà dit, la IXe armée est destinée, soit à parer aux accidents, aux ruptures de front qui viendraient à se produire, soit à agir en contre-offensive sur le front du G. A. C. quand le moment sera venu.

LA CONTRE-OFFENSIVE EST DÉCIDÉE POUR LE 18 JUILLET

 

Le 13, nouvelle précision : on apprend que l'attaque aura lieu le 14, le 15 au plus tard.

Dans ces conditions, le général Pétain estime que la date à laquelle la contre-offensive du G. A. R. sera déclenchée peut être dès maintenant arrêtée il la fixe au 18 et il envoie au général commandant le G. A. R. le télégramme suivant :

" Attaques VIe et Xe armées, prévues par mon instruction du 12, pourront être déclenchées le 18 juillet au matin.

" Heure H sera fixée ultérieurement.

" J'appelle fortement votre attention sur la nécessité du secret absolu. "

Dès lors, tout est prêt pour cette énorme bataille qui doit décider de la victoire finale une fois de plus le sort de la guerre va se jouer.

Rien n â été négligé pour la préparer ; elle sera livrée avec deux groupes d'armées et cinq armées françaises :

Le G. A. C. (général Maistre) avec la IVe armée (général Gouraud) ; la Ve (général Berthelot (Le général Berthelot a pris le commandement de la Ve armée le 6 juin, en remplacement du général Buat, nommé major général des armées françaises.) et la IXe (général de Mitry) ;

Le G. A. R. (général Fayolle) avec la VIe armée (général Degoutte) et la Xe (général Mangin).

La majeure partie des forces françaises, soit cinquante-sept divisions, y prendra part et, en outre, onze divisions alliées (deux italiennes, quatre anglaises, cinq américaines) ; au total, soixante-huit divisions d'infanterie et six divisions de cavalerie.

Toutes les forces françaises disponibles sont en jeu. Entre la Suisse et l'Argonne, il n'y a plus, derrière le front, une seule division en réserve et, quand la contre-offensive se produira, il ne restera plus entre l'Oise et la Somme, sur cette partie du théâtre d'opérations qui couvre directement Paris, qu'une division anglaise.

Il n'était pas possible de pousser plus loin, ni avec plus d'audace et d'énergie, la préparation de la victoire.

 

ORGANISATION DES POSITIONS DE RÉSISTANCE

 

Nous avons déjà longuement analysé les nouveaux procédés d'occupation du terrain et nous en étions restés à l'instruction du 24 juin.

Comme l'application de ces procédés donnait toujours lieu à des différences d'interprétation, le général en chef y était encore revenu le 3 juillet.

" Il doit demeurer entendu, disait-il :

" Que les forces ne doivent pas être dispersées sur le champ de bataille d'armée;

" Que leur gros, infanterie, artillerie, doit concourir à la défense à outrance de la position de résistance ;

" Que cette position de résistance doit offrir une défense continue.

" L'organisation d'une défense continue de la position de résistance est capitale.

" Mais cette idée de continuité n'implique nullement le retour au procédé de combat en ligne déployée dans une simple tranchée. L'échelonnement des combattants par groupes de spécialistes, dans le sens de la largeur et dans le sens de la profondeur, demeure la règle de l'articulation des forces sur les différentes parallèles de la position de résistance.

" Il s'agit seulement :

" D'accrocher la résistance à une organisation continue du terrain, c'est-à-dire de l'obstacle et du couvert ;

" De répartir les moyens de feu de telle manière que tous les intervalles existant entre les centres de résistance et entre les points d'appui soient battus par des feux de flanc et aussi par des feux d'arrière (infanterie et artillerie) ;

" Enfin, d'adapter les dimensions des intervalles à la nature du terrain, les intervalles étant d'autant plus réduits que le terrain est plus couvert ou plus propice aux mouvements d'infiltration. "

 

SUR LE FRONT DE LA IVe ARMÉE

 

Sous la direction du général Maistre, le commandant du G. A. C., ces prescriptions avaient été soigneusement suivies à la IVe armée, où leur application était d'ailleurs facile, car le front y étant resté le même depuis la fin de 1915, à part la zone du massif de Moronvilliers, conquise en 1917 ; les positions successives y abondaient, toutes puissamment organisées. La ligne de résistance fut prise dans la position

intermédiaire (Position intermédiaire entre la première et la deuxième position, et établie en couverture de l'artillerie) et se trouva ainsi à trois kilomètres de la première position ; elle était pourvue de tous les organes de défense nécessaires : abris-magasins, postes de commandement, de secours, communications téléphoniques, etc.

Toutefois, ce ne fut pas sans peine que le 4e corps, qui occupait; les monts, se résigna à les abandonner. Outre que leur conquête, en 1917, avait exigé de coûteux efforts, de là on dominait toute la plaine de Champagne, jusqu'à Châlons ; il fallut l'intervention du commandant en chef pour faire admettre la nécessité de ce sacrifice.

En arrière de cette position de résistance, se trouvait la deuxième position, à une distance moyenne de 4 kilomètres ; elle était tenue par les divisions de deuxième ligne, réserves d'armée.

Plus en arrière encore s'étendait, mais à une distance plus grande, atteignant au centre de l'armée jusqu'à 10 kilomètres, la troisième position, au delà de laquelle se trouvaient les réserves de groupe ou les réserves générales de G. Q. G.

La défense se trouvait ainsi préparée et organisée sur une profondeur de 12 à 15 kilomètres.

Sur la première position, n'avaient été laissés que les avant-postes ;

Sur la position de résistance, étaient les divisions de première ligne ;

Sur la deuxième, les réserves d'armée ;

En arrière de la troisième, les réserves de groupe ou de G. A. G. prêtes à la manúuvre.

Jamais encore pareille organisation, à la fois large et profonde, forte autant que souple et rationnelle, n'avait été réalisée sur un champ de bataille défensif.

Sa caractéristique essentielle était - nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises - la manúuvre de dérobement constituée par l'abandon au dernier moment de la première position, abandon qui faisait tomber l'ennemi dans le vide et l'amenait, à moitié désorganisé, en face d'une ligne intacte où ses efforts devaient être brisés.

Certes, on était en droit de penser que l'échec des Allemands était assuré ; aussi les troupes étaient-elles pleines de confiance et l'événement devait montrer combien cette confiance était justifiée.

 

SUR LE FRONT DES Ve ET VIe ARMÉES

 

A la Ve armée, la situation était toute différente, car son front, à l'ouest de Reims, était celui sur lequel les troupes s'étaient arrêtées à la fin de mai, lors de la formation de la poche de Château-Thierry ; les positions successives étaient plus ou moins continues , et de valeur très variable.

En outre, comme cette armée avait été orientée autant sur l'offensive que sur la défensive, le commandement local hésitait à abandonner certaines parties de la première position qui paraissaient particulièrement favorables pour un départ d'attaque.

Finalement, il fut admis que la première position serait, dans l'ensemble, évacuée au profit de l'occupation de la position de résistance choisie, mais que l'on conserverait cependant un certain nombre de points de cette première position, ce qui n'était pas pour faciliter la conduite du combat ; en outre, cette décision laissait la manúuvre de dérobement incomplète et devait en diminuer le rendement.

C'est pour toutes ces raisons sans doute que l'arrêt de l'offensive allemande fut , moins net sur le front de cette armée que sur le front de la IVe. L'ennemi réussit à forcer la position de résistance et ne fut contenu qu'au prix d'efforts prolongés sur la deuxième position.

A la VIe armée, la situation était plus particulière encore ; le front suivait la Marne et la question se posa de savoir si, dans ce cas spécial, il ne valait pas mieux utiliser le gros obstacle de la rivière et en défendre directement le passage plutôt que de l'abandonner pour se reporter en arrière.

Le haut comman0dement persista dans sa manière de voir ; il était bien évident, en effet, que de ce côté l'ennemi déploierait des moyens particulièrement puissants et que tout ce qui serait laissé sur les bords mêmes de la rivière serait écrasé de feux et broyé. Toutefois, comme il était de notre intérêt de maintenir l'ennemi dans une situation difficile en le laissant s'accumuler sur un espace restreint, la ligne de résistance fut choisie à distance rapprochée, à 1.500 mètres en moyenne de la rivière.

Mais ici encore, cette manúuvre de dérobement, qui sur le front de la rivière paraissait contraire à tout ce qui avait été fait jusqu'à ce jour dans les guerres antérieures, ne fut pas entièrement acceptée par tous et les conséquences furent les mêmes qu'à la Ve armée ; l'ennemi enleva la position de résistance et ne put être arrêté que sur la deuxième position. Trois jours de combat furent nécessaires à la Ve armée et à la VIe pour limiter les progrès de l'ennemi ; tandis qu'à la IVe, dès le premier jour, il était manifeste que l'offensive allemande était mise en échec.

 

 

SITUATION GÉNÉRALE AU 14 JUILLET

 

Le 14 juillet, au soir, la situation était la suivante, de la droite à la gauche :

IVe armée (général Gouraud), s'étendant de l'Argonne aux abords de Reims.

Liaison à droite avec la IIe armée, à la Harazée.

Liaison à gauche avec la Ve armée, à Prunay, non loin du fort de la Pompelle.

Front : 50 kilomètres environ, réparti en trois corps d'armée :

8e corps, avec quatre divisions en première ligne et la valeur de deux en deuxième ligne.

21e corps, avec trois divisions en première ligne et deux en deuxième ligne, dont une américaine

9e corps, avec trois divisions en première ligne et deux en deuxième ligne.

Au demeurant, dix divisions en première ligne, ce qui donnait un front de cinq kilomètres en moyenne par division, et six divisions en deuxième ligne.

La Ve armée (général Berthelot) s'étendait des abords de Reims à la Marne.

Liaison à gauche avec la VIe armée, à Vassieux à (3 kilomètres est de Dormans).

Front : 50 kilomètres environ, réparti également entre trois corps d'armée :

1er corps colonial, occupant le saillant de Reims avec trois divisions en première ligne et une en deuxième ligne ;

2e corps d'armée italien, avec deux divisions en première ligne et une division française en deuxième ligne ;

5e corps, avec cinq divisions en première ligne et une en deuxième ligne.

On savait que le saillant de Reims constituerait une zone passive. Sur la partie que l'on estimait devoir être attaquée et qui était tenue par le corps italien et le 5e corps, le front tenu par les divisions de première ligne était également de cinq kilomètres en moyenne.

La VIe armée (général Degoutte), s'étendant des abords est de Dormans à l'Ourcq.

Liaison avec la Xe armée à Troesnes.

Front : encore 50 kilomètres en chiffre rond , réparti entre cinq corps d'armée :

3e corps, avec deux divisions en première ligne et deux en deuxième ligne ;

38e corps, avec deux divisions en première ligne, dont une américaine, et deux divisions en deuxième ligne, dont une américaine ;

1er corps américain, avec deux divisions en première ligne, dont une française, et une division en deuxième ligne, américaine;

7e corps, avec deux divisions en première ligne et une en deuxième ligne, américaine également ;

2e corps, avec deux divisions en première ligne et une en deuxième.

Entre Dormans et Château-Thierry, - et on savait que l'attaque ne dépasserait pas Château-Thierry, - le front des divisions en première ligne était encore de 5 kilomètres.

Au contraire, à partir de Château-Thierry où commençait la zone de la contre-offensive, la densité d'occupation augmentait et s'élevait rapidement à mesure que l'on montait vers le nord.

En face, le G. Q. C. estimait que devaient se trouver deux armées allemandes :

La IIIe (von Einem), s'étendant dé l'Argonne (vallée de l'Aire) à la Suippes, avec sept divisions en première ligne ;

La Ie (von Below), que l'on croyait s'étendre de la Suippes jusqu'à la Marne, à Jaulgonne (En réalité, les Allemands ont attaqué, le 14, avec trois armées : La IIIe, de la Main de Massiges à la Suippes ; La Ire, de la Suippes à Vrigny ; La VIIe (von Boehm), de Vrigny à Jaulgonne.):

De combien de divisions de renforcement et d'exploitation disposait le Kronprinz impérial en arrière des forces d'assaut, et comment ces divisions étaient-elles réparties entre les armées précédentes ? On ne le saura que plus tard avec exactitude.

Au G. Q. G., on évaluait, le 14 juillet, à soixante-dix-huit le total des divisions disponibles en arrière du front tenu par l'ensemble des deux groupes d'armée des deux Kronprinz, c'est-à-dire, de l'Argonne à la mer, mais toutes ces divisions n'étaient pas en état de combattre.

De ces soixante-dix huit divisions, combien avaient été dérivées sur le front d'attaque ?

Il est permis de croire que le chiffre de 60 n'est pas exagéré.

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