Journée du 13 septembre 2008, Craonne

LES ITALIENS SUR LE CHEMIN DES DAMES

Un énorme travail de traduction a été réalisé par Monsieur Angelo ZAMBON, avec l'aide du Colonel MAGLIOCCHETTI, Attaché Militaire Italien à Paris. Ils ont travaillé à partir de l'ouvrage officiel suivant :

MINISTERO DELLA DIFESA, STATO MAGGIORE ESERCITO UFFICIO STORICO, L'ESERCITO ITALIANO NELLA GRANDE GUERRA, ( 1915-1918 ), VOLUME VII, LE OPERAZIONI FUORI DEL TERRITORIO NAZIONALE, Tomo 2, SOLDATI D' ITALIA IN TERRA DI FRANCIA, NARRAZIONE, ROMA, ISTITUTO POLIGRAFICO DELLO STATO, 1951

Merci, à tous deux, pour ce travail .....

 

LE 2e CORPS D'ARMÉE ITALIEN, LA VESLE, L'AISNE ET LE CHEMIN DES DAMES

15 SEPTEMBRE - 10 OCTOBRE 1918

 

PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE GUERRE EN FRANCE DANS LA PÉRIODE 8 AOÛT - 25 SEPTEMBRE - LE IIe CORPS D'ARMÉE EN LIGNE DE FRONT AU CHEMIN DES DAMES

 

La troisième bataille de Picardie (8-29 août), commença à Montdidier, étendue ensuite au sud, à cheval sur l'Oise (bataille de Noyon) et au nord, entre Somme et Scarpe, avait amené les Allemands à abandonner les têtes de pont conquises en mars à l'ouest de la ligne : Canal du Nord - Somme - Oise - Ailette. Encore plus au nord, sur le Lys, ils avaient commencé spontanément, le 20 août, le déménagement du saillant de Merville.

La poussée suivante vers la position "Hindenburg " (30 août - 11 septembre) avait permis aux Français de s'approcher aussi entre Vesle et Scarpe et au nord de Béthune, de ce formidable système défensif "Hindenburg" qui était désigné dans ses différents tronçons avec des noms différents (Preuss, Wotan, Siegfried, Alberich, etc.) s'égrenait ininterrompu avec une profondeur variable de 7 à 10 kilomètres de la Mer du Nord à la frontière suisse.

Le maréchal Foch, pour exploiter les avantages obtenus, dictait, entre la fin d'août et les premiers jours de septembre, les instructions pour une nouvelle grande bataille, qui comprenait trois opérations convergentes et simultanées, ou presque.

Ces instructions prévoyaient : pour les armées britanniques, appuyées par la gauche des armées françaises, la continuation de l'avancée en direction de Cambrai et Saint-Quentin; pour le centre des armées françaises la persévérance dans les attaques pour refouler l'ennemi au delà de l'Aisne et de l'Ailette; pour les armées américaines deux actions distinctes : une à commencer vers le 10 septembre dans la Woëvre, pour la conquête de la ligne Vigneulles-Thiancourt-Regnièville ; l'autre couverte à l'est par la Meuse et appuyée à gauche par une attaque de la 4ème armée, à mener en direction générale de Mézières avec commencement entre le 20 et 25 septembre. Avec les opérations développées entre le 12 et le 25 septembre (batailles de St-Mihiel, de Vauxaillon et de Savy - Dallon), les alliés annulaient le saillant de St Mihiel dans la Woëvre se portant au contact de la "Mihiel Stellung" et serraient, au nord de l'Aisne, encore de plus près la position "Hindenburg".

Tandis que ces dernières offensives étaient en cours le IIème corps italien entrait en ligne au sud de l'Aisne, remplaçant sur le front de la 5ème armée française le XVIème corps (77ème division américaine et 62ème française).

Le matin du 13 septembre, tandis qu'en préparation des changements ordonnés, les mouvements nécessaires pour approcher des détachements du front étaient en cours, le commandement du IIème corps d'armée reçut du XVIème corps français une feuille avec laquelle on demandait que l'artillerie de campagne de la 8ème division et le groupe P.C. de 105 du corps d'armée participent à l'action que les divisions du même XVIème corps devaient mener le matin suivant, avec pour objectif: la conquête du haut plateau de l'Arbre de Romain (1 km. au sud de Meurival) et à étendre à l'ouest jusqu'à la hauteur de Revillon.

La requête fut sans aucun doute acceptée. Ayant pris les accords opportuns entre les divers commandements d'artillerie intéressés, il fût décidé de subdiviser le 10ème régiment artillerie de campagne en deux groupements de cinq batteries chacun, à mettre immédiatement à la disposition des commandements des deux régiments d'artillerie de campagne de la 77ème division américaine.

Les batteries italiennes, dans la nuit 14 septembre, entrèrent donc en ligne, prenant position à côté des batteries américaines, qu'elles devaient après remplacer. Le jour suivant elles participèrent brillamment à l'action. Le XIVème groupe canons de 105, qui se trouvait à Vichel Nanteuil et donc trop loin pour pouvoir prendre position dans la même nuit fut envoyé le 14 à Fère-en-Tardenois et dans la nuit du 15 entra en ligne dans la zone au sud de St. Gilles.

Dans la même nuit commençaient aussi les opérations pour le remplacement de la 77ème division américaine par la 8ème division italienne, qui, entre-temps, avait porté son infanterie à l'abri du front.

Le 52ème régiment d'infanterie prenait la relève du 305ème américain dans les tranchées du sous-secteur de Vauxcéré, tandis que le 51ème se portait en réserve à Bazoches, St.Thibaut, Ville-Savoye, remplaçant le 306ème régiment d'infanterie américaine.

La nuit suivante le 20ème remplaçait dans les lignes du sous-secteur de Merval le 307ème régiment d'infanterie américain, tandis que le 19ème relevait, à son tour, le 308ème américain., dans le sous-secteur de Blanzy-les-Fismes. A 8h. le 16 septembre le général Beruto assumait le commandement de tout le secteur dans lequel était alignée sa division, et fixait sont commandement en Chèry-Chartreuve.

Le même jour l'artillerie de campagne de la 77ème division américaine était retirée du front.

Le commandement du 2ème corps italien, qui avait relevé celui du XVIème corps français à la Ferme de Montaon (2 km. environ au nord de Dravegny), assumait, le 18, à 10h., le commandement du secteur de Fismes (8ème division italienne et 62ème division française).

Le dit secteur, délimité à l'est par la ligne : Meurival-Baslieux-Villette-Courville- Arcis-le-Ponsart- et à l'ouest, par celle : Bourg-et-Comin, Fosse-aux-Sorciers, Bazoches était à son tour réparti en deux secteurs divisionnaires par la ligne: Maizy - Glennes - Fismette - St. Gilles.

Le secteur oriental (Mont-sur-Courville) était défendu par la 62ème division française (279ème- 307ème- et 338ème régiments d'infanterie); le secteur occidental (Chéry - Chartreuve) par la 8ème division italienne. Le IIème corps était encadré entre le IIIème corps d'armée à gauche, et le Vème à droite, tous de la 5ème armée.

Le même jour, 18 septembre, cependant, un ordre de l'armée modifiait un tel déploiement : le IIème corps était destiné à constituer l'extrême aile gauche de l'armée, assumant le secteur qui de Villers-en-Prayères s'étendait jusqu'à Cys-la-Commune; c'est-à-dire, qu'il perdait tout le secteur tenu par la 62ème division (à droite) et deux tiers de celui occupé par la 8ème division ; gagnait, en échange, à gauche tout le territoire jusqu'alors défendu par le IIIème corps français (52ème et 6ème division)

Par suite de tels ordres la 62ème division passait, le 18, à la disposition du Vème corps et, dans la nuit du 20, étendait son propre front à gauche, relevant la brigade Brescia et les autres éléments italiens, déplacés dans les sous-secteurs de Merval et de Blanzy.

Le nouveau tronçon du front confié à notre corps d'armée était délimité à l'est par une ligne qui, partant immédiatement à l'est de Villers-en-Prayères, passait à proximité de Barbonval-Perles-Bazoches, Mareuil en Dôle - Seringes-et-Nesles - Fère-en-Tardenois-Villemoyenne-Beuvardes.

A l'ouest la limite touchait les limites orientales de Presles-et-Boves - Brenelle -Braine - Lesges - Beugneux et plus au sud passait à 1 km. environ à l'ouest de Oulchy-le-Château et de Breny..

Le front était divisé en deux secteurs de division (secteur de Lhuys à droite, secteur de Limé à gauche) de la ligne qui, partant de la cote 101 (1km. et demi environ à S.O. de Pont-Arcy ), passait à un peu plus d'1km. à ouest de Dhuizel et au S.E. de Courcelles, laissait Mont-Notre-Dame et Lhuys au secteur de droite et arrivait 1000 mètres environ à l'ouest de Loupeigne.

Chaque secteur était à son tour subdivisé en deux sous-secteurs : Vauxcéré et Vieil-Arcy (secteur de Lhuys), St Mard et Cys-la-Commune (secteur de Limé).

Les régiments de la Brescia se portaient, dans la journée du 19 septembre, dans la zone de Mont-Notre-Dame. Dans la nuit du 21, le 20ème d'infanterie relevait le 24ème régiment français en première ligne (sous secteur de Vieil-Arcy), tandis que le 19ème relevait le 119ème français sur la deuxième position, dans la zone de Vauxtin.

La brigade Brescia assumait, ainsi, le front tenu auparavant par l'infanterie de la 6ème division française.

Dans la même nuit le I/51ème se portait à la ferme Pinçon en réserve du sous-secteur Vauxcéré (Brigade Alpi).

Dans la nuit suivante le commandement du 51ème, avec les IIème et IIIème bataillons, se transférait dans la zone de Mont-Notre-Dame et avec le III/19ème, déplacé à Paars, constituait la réserve divisionnaire.

Le 52ème resta en ligne dans le sous-secteur de Vauxcéré. Les cinq batteries du 10ème d'artillerie de campagne, qui étaient en position à droite du secteur, auparavant assigné à la 8ème division, s'étaient à leur tour déplacées et, dans les nuits du 21 et 22 septembre relevaient dans la zone de Paars, Vauxtin, l'artillerie de la 6ème division française. (Les autres cinq batteries, qui, par contre, étaient dans la zone entre Vauxcéré et Perles, comprises dans le nouveau secteur divisionnaire, restaient sur leurs positions respectives).

A 10 h. du 22 septembre le général Beruto prenait le commandement du nouveau secteur (Lhuys). Le commandement du corps d'armée, à son tour, relevait, dans la même journée le IIIème français dans le commandement de la zone de Fère-en-Tardenois, déplaçant son siège dans cette dernière localité en ayant à sa disposition, en plus de la 8ème division, la 52ème division française (à gauche).

Entre-temps la 3ème division, du 19 au 21 septembre, s'était approchée du front pour être en mesure d'entrer en ligne à gauche de la 8ème division, à la place de la 52ème dans le secteur de Limé. Dans la nuit du 23 septembre, les 75ème et 76ème d'infanterie donnaient, en effet, la relève respectivement aux 320ème et 328ème régiments d'infanterie française dans les sous-secteurs de St.Mard et de Cys-la-Commune; le commandement du 90ème d'infanterie et les IIème et IIIème bataillons du régiment se déplaçaient comme réserve divisionnaire au château de Virly (IIème bataillon) et à Quincy-sous-le Mont (commandement du régiment et IIIème bataillon) le I/90ème se portait à Courcelles en réserve de la brigade Napoli; le 89ème d'infanterie se rassemblait dans la zone entre Jouaignes et Tannières.

La même nuit le 4ème régiment d'artillerie de campagne terminait la relève, commencée la nuit précédente, de l'artillerie divisionnaire française. A 8h. le 23 septembre le Général Pittaluga assumait, en Limé, le commandement du secteur.

En conséquence des déplacements et des charges jusqu'ici sommairement indiqués, le IIème corps d'armée se trouvait entre le IIIème corps français à droite et le XXXVème de la 10ème armée à gauche, en vis-à-vis des formidables défenses allemandes du Chemin des Dames.

Le Chemin des Dames est un haut-plateau de nature calcaire, qui avec une orientation générale est-ouest, s'élève entre deux cours d'eau presque parallèles, affluents tous les deux à gauche de l'Oise; l'Aisne au sud et l'Ailette au nord. Sa hauteur moyenne est de 180 m. et est parcouru dans sa partie la plus élevée du Chemin des Dames, par une route qui, se détachant en direction est de la route Soissons - Laon, mène à Craonne et donne le nom à tout le haut-plateau.

Ses pentes au sud sont profondément incisées par des sillons qui déterminent autant d'éperons: celui dit de "Croix sans tête" à l'ouest du canal Oise-Aisne et, à l'est, ceux de Moussy-sur-Aisne, de Bourg-et-Comin, de Pargnan et de Oulches.

Ces éperons descendent doucement vers la zone pleine de buissons, alors parsemée de très nombreux entonnoirs de projectiles et d'immeubles à moitié détruits, dans laquelle coule l'Aisne avec ses méandres, côtoyée au sud par le Canal latéral. Le fleuve et le canal sont larges, profonds et navigables. Au nord, vers l'Ailette, le haut-plateau descend par contre beaucoup plus rapidement.

Tout le Chemin des Dames, et spécialement les éperons orientés au sud, déjà théâtre de combats sanglants en mai 1918, avaient été organisés de façon formidable pour la défense par les Allemands, qui y avaient créé un dédale enchevêtré de tranchées et de bretelles, précédées par des bandes de profonds et solides barbelés.

Certains bois, bien que broyés par les tirs de l'artillerie, rendaient difficile l'observation du sud vers le nord, tandis qu'ils facilitaient considérablement la défense, qui dominait aisément le fleuve et le canal.

Pour compléter la valeur défensive des positions adversaires, la présence du double obstacle naturel Aisne et Canal latéral, les divers ponts qui étaient tous détruits et les passerelles qui étaient strictement surveillées par l'ennemi, contribuaient, naturellement, beaucoup à la défense.

L'organisation défensive dans le secteur confié au IIème corps était représentée par une position d'avant-postes, qui se développait à peu près le long du Canal latéral; par une position de résistance, qui se développait sur les hauteurs entre Aisne et Vesle; par une deuxième position organisée sur celle au sud de la Vesle. Ces positions, de différentes profondeurs, comprenaient plusieurs lignes constituées par des tronçons d'anciennes tranchées françaises, raccordés entre elles par des percements récents; le tout, toutefois, était plutôt en mauvais état et les travaux de remise en état et d'amélioration étaient à peine à leur début. Pour renforcer la défense de la deuxième position deux bataillons français de mitrailleuses de position avaient été déplacés. Ces détachements restèrent sur place, passant à la disposition tactique des divisions italiennes (un par division).

Même l'artillerie lourde du IIIème corps français avaient été entre-temps relevée par celles du IIème corps italien; toutefois deux groupes lourds (6 batteries de 155 C.) des divisions françaises relevées étaient restés sur place provisoirement.

Entre le 22 et le 23 septembre furent mis à la disposition du IIème corps deux nouveaux groupes lourds : le Vème du 82ème régiment d'artillerie lourde et le VIème du 287ème régiment d'artillerie lourde; lorsque ces deux groupes furent en position, ceux appartenant aux 52ème et 6ème divisions françaises furent retirés (25 septembre).

Par conséquence, à la disposition du IIème corps restèrent les bouches à feu suivantes :

Artilleries divisionnaires:

4ème régiment de campagne (8eme div.) : 40 pièces de 75 mm.

10ème régiment de campagne (3ème div.): 40 pièces de 75 mm.

Artilleries de corps d'armée :

XIVème groupe italien: 12 pièces de 105 mm.

XVIIIème groupe italien : 8 pièces de 149 mm. ;

Vème groupe du 82ème régiment A.L. français : 8 pièces de 155 mm. L.;

VIème groupe du 287ème régiment A.L. français : 8 pièces de 120 mm. L.

A ces pièces peuvent être ajoutés 12 canons de 145 (3 batteries) appartenant au groupe B du 82ème régiment d'artillerie lourde français. Ce groupe, tout en étant partie de l'artillerie d'armée, pouvait, en cas de besoin, être employé par le commandement artillerie du IIème corps, attendu qu'il était placé dans le territoire du corps d'armée italien et avait action prédominante sur son front.

 

FRANCHISSEMENT DE L'AISNE

ATTAQUES A LA " HINDENBURG STELLUNG "

( 28 septembre - 5 octobre )

 

 

Le 26 septembre commençait l'offensive alliée, qui devait bien vite s'étendre à tout le front, de la Meuse à la mer, et durer ensuite presque ininterrompue jusqu'à l'armistice.

Les premiers à se mouvoir furent les franco-américains qui, entre Suippe et Meuse, visaient Sedan et Mézières; au nord, les armées françaises et anglaises devant St Quentin et Cambrai attendaient l'ordre d'entrer en action; encore plus au nord les Franco-anglo-belges, sous le commandement du roi Albert Ier lui même, étaient prêts à avancer à travers les Flandres.

Le 26, donc, la Ière armée américaine et la 4ème française commencèrent l'attaque et dans la première journée obtinrent de sensibles succès en direction de Monfaucon et de Mont-Notre-Dame. Deux jours après, pour donner un nouvel élan à l'action, qui s'était heurtée à une défense acharnée et semblait en être paralysée, entrèrent en action la 5ème et la 10ème armée.

La 5ème armée avait comme objectif premier les hauteurs entre Vesle et Aisne d'où elle devait après se mouvoir à la conquête du Chemin des Dames; la 10ème armée visait la Malmaison et Laon.

Le IIème corps italien qui, comme nous l'avons vu, constituait l'extrême aile gauche de la 5ème armée, n'avait pas, pour le moment, une tâche offensive; il avait cédé au IIIème corps français quatre groupes de campagne (12 batteries) : deux du 4ème régiment (commandement du premier groupe avec les 1ère, 2ème, 3ème batteries et tout le deuxième groupe ) qui dans la nuit du 27 se déplacèrent dans le territoire de ce corps d'armée, et deux du 10ème (IIIème groupe au complet et les 3ème, 4ème et 5ème batteries réunies en un groupe de formation) qui, de leurs positions, concourraient à l'action.

Le général Albricci, toutefois, avait donné des dispositions afin que les divisions tiennent un strict et constant contact avec l'ennemi et soient prêtes à profiter de toutes éventuelles situations favorables que la progression des corps latéraux auraient créées.

A l'artillerie il avait ordonné d'augmenter la dotation d'obus des batteries, de façon à compenser avec une plus grande activité à la réduction numérique des pièces due aux concessions faites au IIIème corps; de distribuer largement les obus spéciaux de 75 modèle 17, de façon à en augmenter les portées, enfin, de se tenir prêtes à appuyer l'infanterie dans une éventuelle traversée du fleuve.

Il avait ordonné, en outre, que le génie prépare matériel et hommes pour les jetées de ponts et de passerelles sur le Canal latéral et sur l'Aisne.

A l'aéronautique il avait donné l'ordre d'intensifier les reconnaissances sur l'ennemi, pour en signaler chaque mouvement.

Les sections photoélectriques furent postées de façon à illuminer la berge nord du canal. Le 28, à 9h.20, la 25ème division française (aile droite de la 10e armée) communiquait que l'ennemi avait commencé un repli et que, dans son secteur les troupes avançaient sans rencontrer de résistance. Les commandements de la 3ème et de la 8ème division ordonnaient donc que les reconnaissances soient intensifiées vers le Canal et que les troupes se tiennent prêtes à avancer.

Les patrouilles envoyées par la 8ème division furent bloquées par de nombreux petits postes placés au sud et au nord du canal, approvisionnés en mitrailleuses et vaillamment soutenues par d'autres armes postées sur la berge nord du fleuve. Quelques éléments de la 3ème division (75ème d'infanterie) réussirent au contraire, bien que contrariés, à passer sur l'autre rive et à avancer d'une centaine de mètres; c'est alors que commença le jet de passerelles. De l'examen de la situation générale et de celle particulière de son corps d'armée, le général Albricci avait cependant tiré la conviction qu'attaquer de front les positions face à ses troupes aurait été une entreprise âpre et difficile qu'aurait exigé du temps, des moyens et de gros sacrifices.

Par contre, il lui apparaissait beaucoup plus aisé de faire tomber la défense en la contournant, d'autant plus que la 10ème armée étant déjà sur la berge à droite de l'Aisne il était possible de franchir le fleuve derrière les troupes françaises, et après d'insinuer l'aile gauche du corps d'armée entre ces troupes et l'Aisne et ainsi foncer sur le flanc droit les lignes allemandes. Aux troupes en ligne au sud du fleuve ne serait restée seulement que la tâche d'exploiter les inévitables effets de la manoeuvre.

D'un autre côté , s'attarder en de vains efforts devant la défense allemande pour la dépasser par le sud, le IIème corps aurait fini par exercer, dans le cadre général de la bataille, une fonction de simple liaison entre les opérations de la 5ème armée, en mouvement vers le nord et celles de la 10ème, en marche vers le nord-est.

La progression de l'avancée française, d'un côté et de l'autre , aurait même pu finir par rétrécir tellement le front du corps d'armée et le réduire à faire un simple et presque inactif spectateur. Cela non seulement aurait été contraire à l'esprit du commandant et des troupes, mais n'aurait même pas répondu à la mission que le Commandant Suprême et le Gouvernement d'Italie avaient confié au IIème corps.

Sur la base de tels concepts et aux premières nouvelles des succès obtenus par les unités latérales, vers 17h.20 du 28 le général Albricci ordonnait au général Pittaluga de faire traverser l'Aisne sur le pont militaire de Vailly, dans le territoire de la 25ème division française, à un de ses régiments, auquel devait être confiée la tâche de remonter la vallée de l'Aisne à la droite des troupes françaises et de conquérir les hauteurs de Chavonne. Quelques heures après le XVIIIème groupe d'obusier du 149ème passait à la disposition directe du Commandement d'artillerie de la 3ème division pour appuyer l'action; les autres unités d'artillerie lourde recevaient l'ordre de se tenir en liaison avec le Commandement de la division et de régler l'intensité de leur action par rapport aux mouvements de la division même.

Le général Albricci insistait afin que le mouvement s'effectuât sans faute dans la nuit et, pour en faciliter et accélérer l'exécution, il mettait à la disposition de la 3ème division tous les camions dont il disposait.

A l'exécution de la manoeuvre fut désigné le 90ème d'infanterie. A la brigade Napoli il fut ordonné de chercher la liaison avec le 90ème, qui devait toutefois continué sur Chavonne et vers la hauteur de Croix-sans-tête, si la brigade n'avait pu réussir à avancer au delà de l'Aisne.

La 8ème division disposait que la brigade Brescia, précédée de forts détachements, poussa au delà de l'Aisne les deux bataillons en avant-poste, occupant la ligne constituée par le Canal Oise-Aisne, sur laquelle aurait dû se relier avec la 3e division; il ordonnait en outre que la brigade Alpi cherche elle aussi de forcer le canal et le fleuve, portant sa ligne de surveillance sur le Canal latéral, de façon à le dominer sans toutefois perdre le contact avec la 62ème division française.

Le soir, tard, le commandement du IIème corps confirmait au commandement de la 3ème division les ordres impartis verbalement pour la manoeuvre désormais en cours, lui envoyant un extrait de l'ordre de l'armée. Dans la nuit, vers 2h. le Ier bataillon du 90ème régiment traversa le fleuve près de Vailly et se déploya, front à l'est, avec la droite appuyée à l'Aisne et la gauche en liaison avec le 98ème régiment d'infanterie française.

Le mouvement fût suivi par deux autres bataillons, qui défilèrent sur le pont vers 3h.

Dans la journée du 29 septembre la brigade Napoli, qui, comme nous l'avons dit, avait réussi, le jour précédant, à faire passer quelques éléments au delà du Canal, cherchait à forcer le passage du fleuve au sud, mais elle en était empêchée par la réaction de l'ennemi.

Le 90ème, par contre, qui avait commencé à l'aube son mouvement en direction de Chavonne, avec le Ier bataillon en premier échelon et le IIIème et IIème en réserve, réussit, vers 9h., à s'emparer du village, bien que l'ennemi réagisse avec le feu de nombreuses mitrailleuses, et avec un large emploi de projectiles à gaz.

Dans le cours de l'action le 90ème, qui s'était déplacé toujours plus vers le nord, contactait à gauche le 404ème régiment français, dégageant ainsi le 98ème, qui était retiré.

Vu le bon dénouement des actions effectuées par le XXXVème corps, le commandement du IIème, vers 9h.30 , ordonna à la 3ème division : de poursuivre avec décision, fonçant avec le 90ème d'infanterie sur le plateau au nord de Chavonne; de solliciter le mouvement de la brigade Napoli, à laquelle il assigna comme objectif Soupir; de prédisposer pour le passage de l'artillerie au nord du fleuve et de constituer, enfin, un commandement tactique des troupes de la rive droite Aisne. Il ordonna, en outre, que le génie jette un solide pont près de Chavonne, et l'aviation intensifie son activité pour signaler le front rejoint par les troupes dans les diverses phases de la lutte. En même temps il se tournait vers la 5ème armée pour obtenir la restitution de l'artillerie mise à disposition du IIIème corps, ou, à tout le moins, que lui fût attribuée une plus large dotation de projectiles à longue portée.

Le Ier bataillon du 76ème vers 11h., sous le tir intense de l'artillerie allemande, traversa l'Aisne à la hauteur de l'écluse sur le canal entre Vailly et Chavonne et se déploya à droite du 90ème.

L'avancée continua, lente, opiniâtrement contrariée par l'ennemi. Le 90ème, qui avait porté en ligne, à gauche du 1er, son IIIème bataillon, avança sensiblement en direction de Perche et la ferme Cour-Soupir.

Pendant la journée, le IIème bataillon du 76ème, jouissant de la seule passerelle que le tir ennemi avait laissé en activité, des trois jetées, péniblement, sur le fleuve, traversa lui aussi l'Aisne et se porta en ligne à la gauche du 1er bataillon du régiment rétablissant ainsi la liaison matérielle avec le 90ème. Ce dernier, en conséquence de la progression de son avancée avait poussé toujours plus vers le nord, se détachant du 1er bataillon du 76ème qui, à son tour, avait progressé vers la Ferme Mont Sapin.

Le commandement de la 3ème division, déjà à 11h.15 avait préaverti ses brigades que, quand elles auraient assumé au delà du fleuve le déploiement par l'aile, il serait confié le commandement du secteur de gauche à la Salerno, et celui du secteur de droite à la Napoli.

Il avait, ensuite, défini la limite entre les deux brigades (ligne imaginaire St Mard - limite est de Braye-en-Laonnois), ordonnant que le commandement entre en action à 18.h., et que au plus tôt fût rejointe la ligne Croix-sans-tête - bois de la Bovette; avait enfin placé deux batteries du 1er groupe du 4ème d'artillerie à la disposition de la Salerno et une aux ordres de la Napoli, acheminant ces artilleries vers le pont au sud de Vailly, afin qu'ils rejoignent dans la soirée les nouvelles positions.

Sur le front de la 8ème, sur la base des ordres du commandant de la division, le 52ème d'infanterie avait occupé l'écluse de la Cendrière et, avec le 20ème, avait poussé des patrouilles avec des fusils mitrailleurs jusqu'au Canal; toute tentative pour franchir cet obstacle avait été rendu vaine par la prompte et violente réaction de l'ennemi.

Le 19ème d'infanterie, en attendant, avait placé deux de ses bataillons (Ier et IIème) à St Mard, en les tenant prêts à traverser le fleuve, et avait déplacé son IIIème bataillon à Vauxtin en réserve divisionnaire.

Le commandant du IIème corps, considérant que l'ennemi n'avait probablement pas la possibilité de réunir des forces d'artillerie et d'infanterie suffisantes pour régler et conduire une action ordonnée et calculée sur tout l'ample front sur lequel les armées alliées étaient en train d'attaquer et de remporter des succès toujours plus brillants, envoya à ses divisions l'ordre de se tenir prêtes à tirer l'avantage maximum de la situation, conduisant l'attaque de façon à rompre et briser les résistances successives de l'ennemi avec la conquête rapide de tous les objectifs qui auraient pu consentir à l'adversaire de gagner du temps et de conserver la liberté de mouvement.

Pour rendre l'action des divisions plus souple et plus rapide, mais pourtant toujours coordonnée, il leur assigna les secteurs respectifs d'action et les axes de liaison au delà de l'Aisne, avisant qu'à partir de ce moment, il se serait limité à conseiller les objectifs plus lointains et importants, laissant aux divisionnaires la tâche de fixer les intermédiaires. En suite il communiqua à la 8ème division que le matin suivant serait réalisée l'action préordonnée depuis le 26 septembre par la 62ème division française pour la conquête de Hauterive (est de Villers-en-Prayères) opération à laquelle devait concourir, avec un détachement de liaison, le 52ème régiment d'infanterie.

Avant minuit du 29 septembre, le IIIème bataillon du 76ème traversa l'Aisne se portant en réserve le long la route Chavonne - Ferme Mont Sapin. La même nuit le Ier bataillon du 19ème franchit aussi le fleuve et se déploya à droite du 1er bataillon du 76ème, passant à la disposition tactique de la 3ème division.

Entre-temps, le génie construisait, dans les environs de Chavonne, un pont de barques et un de barques et chevalets.

A l'aube du 30, le 90ème d'infanterie occupa une ligne qui de Perche, passant par les anciennes carrières souterraines, se dirigeait vers Soupir; au N.O. de cette localité il trouva la liaison avec le 76ème, lequel, à son tour, tenait une ligne qui passait 200-400 mètres à l'ouest de Soupir et du parc du même nom; de la route ferme Mont Sapin - ancien moulin de Ribaudon et jusqu'à l'Aisne était déployé le Ier bataillon du 19ème d'infanterie.

A 5h.30 , après une adéquate préparation d'artillerie, la 62ème division française attaqua avec un résultat heureux, réussissant à porter sa gauche extrême à Hauterive. A l'occupation de cette localité participèrent deux pelotons du 52ème d'infanterie, qui capturèrent une mitrailleuse ennemie et firent quelques prisonniers. La limite du secteur de corps d'armée et la liaison consécutive avec la 62ème division française furent fixés à Hauterive.

Le commandant du corps d'armée, en signalant aux divisions dépendantes les succès obtenus sur le front de la 5ème armée, ordonnait aux troupes au nord de l'Aisne de reprendre énergiquement l'avancée ayant pour objectif les hauteurs de Croix-sans-tête et le bois de la Bovette, et aux troupes encore au sud de continuer à serrer de près l'ennemi insistant dans les tentatives de gagner de force le fleuve. A son tour le commandant de la 3ème division ordonna que de 10h.30 à 11h., toute l'artillerie devait exécuter une intense préparation sur le parc de Soupir et sur le bois de la Bovette et, à peine cessé le tir, l'infanterie devait faire irruption pour atteindre les objectifs assignés par le corps d'armée. Sur la base de ces ordres, à 11h. il y eut la reprise générale de l'avancée. Le 90ème d'infanterie (Ier et IIIème bataillons en ligne. Le IIIème à gauche) se déplace vers Croix-sans-tête - bois de la Bovette, à sa droite le 76ème attaque avec comme objectif le pays de Soupir.

Encore plus au sud le 1er bataillon du 19ème suit le mouvement se dirigeant vers le gros mur qui, partant de la limite est du parc de Soupir se prolonge vers le sud jusqu'au près de l'Aisne. L'avancée se développe non sans mal sous le feu très vifs de la défense. Tandis qu'au nord de l'Aisne se réalise cette action, les détachements au sud du canal renouvellent la tentative de passer sur l'autre rive, mais ils sont nettement arrêtés par la défense, qui se montre vigilante et plus que jamais décidée à empêcher toute progression de ce côté.

A 14h. le commandement du corps d'armée insiste afin qu'avant le soir, Croix-sans-tête soit en possession des nôtres. A la même heure la 3ème division ordonne que le 75ème et le 89ème d'infanterie, franchissent l'Aisne à peine conquis un espace suffisant au delà du fleuve, et que le passage des batteries soit réglé de façon à assurer à chaque instant un concours efficace de feu aux détachements d'infanterie en ligne. L'action se poursuit, obstinée et violente, des deux côtés.

A la nuit la ligne rejointe est, approximativement, la suivante: le 90ème d'infanterie à environ 400m. à l'ouest de Croix-sans-tête touche la limite ouest de Cour-Soupir et, parallèlement à la route qui va à Soupir, s'avance presque jusqu'au village, où il trouve la liaison avec le 76ème d'infanterie; ce dernier régiment est situé en face de Soupir et de son aile droite (IIIème bataillon, entré en ligne dans le cours de la journée) sur la limite occidentale du parc de Soupir; de ce point à l'Aisne le front est tenu par le Ier bataillon du 19ème, qui a établi, à travers le fleuve, la liaison avec le IIème bataillon du 75ème (en correspondance du point où, au nord du bois d'Anzoy, canal et fleuve se touchent étroitement). Dans la nuit, le commandement de la brigade Salerno se transfère à la Ferme les Bovettes; le commandant du 89ème régiment d'infanterie, avec les IIème et IIIème bataillons, se déplace sur la rive droite de l'Aisne occupant les abris au nord ouest de Chavonne; la Ière batterie du 4éme d'artillerie prend position sur les hauteurs au N.O. de Chavonne; quelques bataillons P.C. et de campagne de la 3ème division sont déplacées en avant, bien que restant encore au sud du fleuve.

A 6h. le Ier octobre a lieu une nouvelle action de la 62ème division française pour réoccuper Hauterive, qu'une contre-attaque allemande lui avait arraché dans l'après-midi du 30. L'attaque, menée avec une décision extrême, a un résultat favorable et rapidement s'étend sur la droite, puissamment aidée par les batteries du 10ème de campagne italien.

Les Français s'emparent ainsi de la Petite Montagne portant toute leur ligne sur le canal. La liaison avec la 8ème division italienne et la 62ème française se rétablit à Hauterive.

A 8h.30 le commandement du 2ème corps d'armée demande aux deux divisions dépendantes de persister dans l'avancée pour rejoindre le canal Oise-Aisne. Conformément à ces ordres la 8ème division confirme les dispositions déjà données le soir précédent, afin que soient renouvelés sans répit les efforts pour prendre position sur le canal et pour éliminer les groupes ennemis de couverture qui empêchent le passage du fleuve; la 3ème division ordonne qu'à 15h. l'attaque commence sur tout le front pour la conquête des objectifs suivants:

- Brigade Salerno, du Chemin des Dames au pont sur le canal Oise-Aisne au sud de Braye-en-Laonnois;

- Brigade Napoli du susdit pont à l'écluse au sud ouest de Moussy-sur-Aisne (route Moussy-Soupir).

Au Ier Bataillon du 19ème d'infanterie reste confiée la tâche de maintenir la liaison entre la 76ème (extrême droite de la 3ème division) et la gauche de la 8ème division (Ier/20ème)

L'artillerie de 13h. à 15h. doit préparer l'action avec le concours de toutes ses batteries atteignant le maximum d'intensité de feu de 14h.30 à 15h. A l'heure indiquée l'attaque commence régulièrement; mais la défense réagit prompte et violente rendant la progression lente et âpre.

Entre-temps, dès 12h. sur ordre verbal de la 3ème division le commandement du 89ème régiment avait quitté, avec le IIème et IIIème bataillons, la zone près de Chavonne et avait remonté le vallon de Ostel, se déplaçant à la hauteur de la droite de son voisin, le 404ème français et de la gauche du 90ème italien.

Avant même que l'attaque préparée commence, comme on l'a vu, pour 15h. le IIème bataillon suivi du IIIème avançait à la conquête des positions de Braye-en-Laonnois; avec élan il avait progressé de 100m., mais après il avait été contraint de s'arrêter devant une vaste zone de barbelés, profonde de 4 à 6 m. et interrompue seulement par des passages étroits et tortueux battus par le tir des mitrailleuses. Le commencement de l'attaque de la part des autres régiments trouva le 89ème engagé dans l'héroïque mais vaine tentative de vaincre les défenses actives et passives de l'adversaire.

Le 90ème, par contre, s'empara de la hauteur de la Croix-sans-tête et dépassa la Ferme de Cour-Soupir. Sur le front du 76ème le IIème bataillon, à 16h.30 environ avance vers le fond de la vallée; et arrivé, il remonte l'escarpement opposé vers le bois Gouttes d'or, mais, arrivé à découvert dans une ample clairière, il est enveloppé par un feu très intense et contraint à se replier sur les positions de départ; tard dans l'après-midi il réussit, toutefois, à pousser un peu plus avant sa droite. Le Ier bataillon, qui depuis les premières heures du matin après être entré dans Soupir, à la suite d'une âpre lutte contre les défenses dont est hérissée l'agglomération, débouche au delà du pays; le IIIème bataillon qui a efficacement collaboré à l'action du Ier, conquiert, enfin, la limite orientale du parc. Le Ier bataillon du 19ème suit le mouvement du 76ème et, sous le tir brûlant et précis de l'ennemi, qui utilise largement des projectiles à gaz, avance jusqu'à l'angle sud-est du parc de Soupir, en se tenant toujours avec la droite appuyée à l'Aisne.

Le 75ème régiment d'infanterie dans la matinée avait reçu l'ordre de la brigade Napoli de franchir l'Aisne avec le troisième et Ier bataillons et de se porter à la Ferme Cour-Soupir. Arrivé là, il aurait dû s'insérer entre le 90ème et le 76ème occuper le bois Goutte d'or et celui de la Bovette, et continuer ensuite en direction N.E., poussant ses éléments avancés jusqu'au canal Oise-Aisne.

Conformément à de tels ordres le régiment s'était mis en marche, mais, arrivé dans le vallon d'Ostel il était la cible d'un tir ennemi tellement violent, spécialement à gaz, qu'il réussissait à grand peine à poursuivre, et seulement à 20h.45 il arriva aux anciennes Carrières Souterraines (400m. environ à sud de la Ferme de Cour-Soupir).

Dès son arrivée, il remplaçait avec son IIIème bataillon les éléments du 90ème placés sur la route à l'est de la carrière et de la Ferme Cour-Soupir et entassait le Ier bataillon, de réserve, près de la maison elle-même, mais insuffisamment orienté sur la zone, il renvoyait l'attaque au jour suivant.

A 18h. l'artillerie de campagne , déjà mises à disposition du IIIème corps d'armée français, revenaient à disposition du IIème corps d'armée.

Dans la nuit le commandement du corps d'armée ordonnait de reprendre le lendemain sur tout le front l'avancée vers le canal Oise-Aisne. Pour éliminer les mitrailleuses qui constituaient le plus important obstacle à l'avancée, autorisait les commandements de régiment à demander l'attribution d'une batterie de campagne à employer en première ligne, par sections et éventuellement par pièce isolée, avec une tâche d'accompagnement.

Le Ier bataillon du 89ème franchissait l'Aisne et rejoignait son régiment, se déplaçant dans le vallon d'Ostel, en réserve. Dans les premières heures du 2 octobre le IIème bataillon du 19ème franchissait lui aussi le fleuve à la passerelle au nord de St Mard et se disposait en réserve du Ier à la limite sud-ouest du parc de Soupir. Ce dernier bataillon revenait à la disposition tactique de son propre régiment (8ème division). A l'aube l'action est reprise et continuée ensuite toute la journée.

Ayant ouverts quelques passages dans les barbelés et en ayant élargi d'autres, le IIème bataillon du 89ème réussit à avancer surmontant deux barrages successifs, mais il est arrêté devant à un troisième barrage fortement battu par les mitrailleuses postées le long de la route de Croix-sans-tête et dans les tranchées voisines. Vers 10h. l'ennemi , pénétrait dans un cheminement à marche normale dans la direction du régiment, essuie une violente contre-attaque, et est nettement repoussé; la ligne, qui passe entre Ardre et Croix-sans-tête - presque à l'ouest de la route, est maintenue.

Le 90ème, pivotant sur la gauche, avance avec la droite des positions de sa cote 174 vers le bois Quartier. Le IIIème bataillon du 75ème régiment réussit à se porter sur la crête du bois Gouttes d'or. Pour maintenir la liaison avec le 90ème, qui dans son mouvement en avant s'était déplacé encore vers le nord, entre en ligne, à gauche du IIIème bataillon, une compagnie du Ier.

Sur le front du 76ème l'aile droite du IIème bataillon réussit à progresser légèrement, tandis que le Ier bataillon, avec une irrésistible attaque, arrive avec ses compagnies avancées à 200 m. environ du Canal Oise-Aisne; battu avec violence par des mitrailleuses, contre-attaqué par des forces supérieures sur la droite, est obligé de se replier sur des positions dominantes au nord-est de Soupir.

Dans la journée le IIème bataillon du 75ème , abandonnant le sous-secteur de St. Mard, se porte en réserve de brigade entre Chavonne et Les Grinons en passant par le pont de Chavonne. Le Ier bataillon du 19ème régiment obtient quelques succès locaux. Le IIème bataillon du régiment pousse le long de la rive droite du fleuve un détachement avec la tâche d'envelopper Pont-Arcy par le nord , occuper le village et ainsi permettre aux troupes du XXVème bataillon de génie de jeter des passerelles à l'ouest de Pont-Arcy. De cette opération devrait tirer avantage le 20ème d'infanterie, qui a l'ordre de se tenir prêt, dès que les passages sur le fleuve seront rétablis, à se porter avec ses deux bataillons (Ier et IIème) au nord de l'Aisne, remplacer le détachement du 19ème à Pont d'Arcy et puis avancer avec le 19ème à la conquête du Canal Oise-Aisne dans le tronçon Peuplier-Aisne.

La violente réaction de l'ennemi arrête très vite le détachement du 19ème dans son mouvement; le 20ème par conséquent ne peut donner suite à l'action prévue pour lui. Dans la nuit, le commandement de la 8ème division, vu qu'entre la droite du 19ème et la gauche du 20ème s'était créé un vide dangereux, représenté par l'îlot compris entre l'Aisne et le Canal latéral (au sud de l'ancien moulin de Ribaudon), ordonna que le 20ème s'assure un ou plusieurs passages sur le canal et rétablisse avec un détachement la liaison entre les deux régiments à travers l'îlot.

Garantie ainsi la possibilité de franchir le canal, le commandement de la brigade Brescia devait tenter dans la même nuit l'occupation de Pont d'Arcy et de tout l'îlot, portant ses éléments avancés jusqu'au bord sud de l'Aisne entre la Ferme M. en Neuf et le point de liaison avec le 19ème régiment.

Dans la journée le Vème groupe du 82ème régiment d'artillerie français s'était déplacé dans la vallée de Vauxtin. La nuit du 2 au 3 octobre presque toutes les batteries du 4ème d'artillerie de campagne rejoignirent des emplacements plus avancés : les 2ème et 3ème batteries, franchissant le fleuve, se déplacèrent près de Chavonne rejoignant ainsi la Ière; à leur tour la 5ème, la 6ème et la 7ème (IIème groupe) prirent position près de la ferme La Montagne; la 9ème batterie se déploya près de la ferme Queue de Leu. La 42ème du XIVème groupe P.C. rejoignit la 41ème dans la même localité. Les 2ème, 6ème et 8ème batteries du 10ème de campagne placèrent leurs pièces respectivement près de St Mard, de Longueval, de Vieil-Arcy; la 34ème batterie du XVIIIème groupe P.C. se déplaça dans le bois de St Mard.

Dans la journée du 3 octobre, malgré la défense constamment vigilante, les troupes ont pu progresser sur presque tout le front.

Le IIème bataillon du 89ème attaque les positions ennemies immédiatement à l'ouest de la route de Croix-sans-tête et réussit à les occuper; une violente contre-attaque l'oblige toutefois à se replier sur les positions de départ et un tir nourri d'artillerie avec projectiles à gaz lui inflige des pertes très graves.

Le IIIème bataillon du 90ème, avec le concours d'une compagnie d'assaut, obtient quelques avantages au nord de Croix-sans-tête, tandis que le IIème bataillon du régiment, qui pendant la nuit avait remplacé en ligne le Ier bataillon, réussit aussi à porter son occupation à environ 400 m. plus en avant.

A 7h.30 le IIIème bataillon du 75ème régiment et la 2ème compagnie du Ier reprennent l'attaque. Un peloton de la 9ème compagnie réussit à avancer jusqu'à 300 m. du Canal Oise-Aisne, mais, attaqué par les feux croisés des mitrailleuses est contrainte à se replier.

Le front se stabilise sur une ligne qui relie le contrefort de Croix-sans-tête avec celui du bois Gouttes d'or, courant, avec un développement semi-circulaire et à une hauteur moyenne de 100 m., le long de la lisière orientale du bois de la Bovette.

Le Ier/75ème, qui avait suivi le déplacement du IIIème s'arrête en réserve à la lisière ouest du bois Gouttes d'or. De même le 76ème accomplit péniblement quelques progrès; le IIème et le Ier bataillons vers 10h.30, surmontent les défenses du bois des Gouttes d'or et celles du bois de La Bovette, s'avancent sur des positions dominantes, au nord de la route Soupir-Moussy, à environ 500 m. du Canal Oise-Aisne; peu après, vers 12h. des patrouilles avancées rejoignent le canal, mais le feu ennemi les contraint à se replier.

Le IIIème bataillon tente, en vain, à plusieurs reprises, d'occuper les bosquets à l'est du parc de Soupir. A droite le Ier bataillon du 19ème régiment ne réussit pas à progresser; quelques unes de ses patrouilles, toutefois, rejoignent le bosquet au nord de l'ancien moulin de Ribaudon, y capturant un petit poste allemand. Plus au sud encore, vers 3h. deux compagnies du Ier bataillon du 20ème, franchi le canal et entrées en liaison avec le 19ème régiment, tentent, d'avancer sur Pont-Arcy; la tentative, répétée plusieurs fois dans la journée, est toujours inexorablement rendue vaine par une solide, grosse tranchée qui, à l'ouest du pays, de la cote 45 à la cote 50, barre du nord au sud l'îlot.

Le IIème corps recevait dans la journée du Général Mangin, commandant de la 10ème armée, à la dépendance tactique de laquelle le IIème corps était passé dès 12h. du même jour; l'ordre d'attaquer au plus tôt en direction de l'Ailette en liaison avec le XXXVème corps.

Le général Albricci, plus que jamais convaincu que c'est seulement en oeuvrant par le haut avec sa gauche, qu'il pourrait avoir raison de l'obstinée défense ennemie, exposait de vive voix à ses divisionnaires les directives inspirées par ce concept, pour la suite des opérations, à conduire en stricte collaboration avec celles que plus à nord devaient développer le XXXVéme corps français pour la conquête de l'éperon entre Les Vaumaires et Ailette. Plus tard, vu l'ordre d'opération du XXXVème corps, il diffusait (23h.) le sien, pour confirmer et préciser les instructions déjà données. Les fronts d'attaque confiés aux divisions furent ainsi définis : 3ème division : Braye - en - Laonnois - ferme de Metz- ; 8ème division : de la Ferme de Metz à la plaine. La limite entre les divisions, la ligne : Pont de Chavonne, Ferme de Metz, Beaulne-et-Chivy (localités assignées à la 8ème division) Objectifs : 1 - Braye en Laonnois et hauteurs immédiatement à l'est, jusqu'au coude du canal à 1km. au sud du pays, puis le canal jusqu'à l'écluse au sud-ouest de Moussy; 2 - la dorsale qui du Chemin des Dames descend à Moussy et de cette localité à Pont-Arcy.

Pour l'attaque furent laissées à disposition de la 3ème division ses deux brigades organiques, de la 8ème division, la seule brigade Brescia. Au 52ème fût confiée la défense de toute la rive sud du Canal, tandis que la 51ème, à Vauxcéré fût destinée à constituer la réserve de corps d'armée.

L'attaque fût fixée pour 12h. le 4 octobre. Pour le barrage progressif et l'accompagnement chaque division disposait de son artillerie; celle de la 8ème cependant participerait au barrage à effectuer devant la brigade de droite de la 3ème division. Le 9ème regroupement participerait à la préparation, à laquelle aurait aussi donné son concours l'artillerie lourde du XXXVème corps d'armée français. A l'artillerie lourde des corps d'armées français XXXVème et IIIème et à celle du 9ème regroupement italien fût assignée aussi la contrebatterie, à effectuer respectivement dans les zones : Braye-en-Laonnois; celle entre canal, parallèle de Verneuil et du méridien qui unit Moulins et Oeuilly; Vendresse-et-Troyon.

L'artillerie d'armée pourvoirait à battre l'artillerie ennemie placée au nord du Chemin des Dames. Sur la base de l'ordre de la 8ème division, dans la nuit du 3 au 4 octobre le commandement de la brigade Brescia se déplaça au nord-est de la ferme Esseulis; le IIIème et le IIème bataillons du 19ème régiment remplacèrent en première ligne respectivement le IIème et le Ier du 76ème d'infanterie, tandis que le Ier du 19ème étendit son front le long la lisière est du parc de Soupir dégageant les détachements du IIIème/76 en ligne.

Le commandement du 19ème franchit l'Aisne et se transféra dans le Château de Soupir. Le 76ème se déplaça à La Noue (nord-ouest de Chavonne) en réserve. Le 3ème bataillon du 20ème régiment se transféra de Dhuizel à l'ouest de Chavonne où il fût rejoint par le IIème bataillon du régiment remplacé en lignes au sud du canal, par le IIème bataillon du 52ème régiment d'infanterie.

Dans la même nuit furent aussi effectués divers déplacements en avant de l'artillerie du corps d'armée pour la mettre en mesure de participer plus efficacement à l'action projetée.

Vers 1h le 4 octobre l'ennemi part de Bourg-et-Comin à l'attaque de la ligne avancée de la 8ème division, mais la prompte réaction de la défense brise la tentative dans l'oeuf.

Aux premières heures de l'aube, le IIIème bataillon du 89ème prenait la place du IIème bataillon du même régiment, qui, à cause des pertes subies, n'avait plus l 'efficacité nécessaire

A 5h45 l'artillerie commence la préparation; à 12h. l'infanterie se lance à l'attaque, gênée tout de suite par la furieuse et très efficace réaction de l'adversaire.

Le IIIème bataillon du 89ème, précédé par une compagnie du XXXIIème détachement d'assaut et en étroite liaison, à gauche, avec les Français du 36ème et à droite, avec le 90ème d'infanterie italien, se déplace vers la lisière occidentale du bois Quartier. L'aile droite réussit à remporter quelques avantages, qui, toutefois, sont ruinés par l'impossibilité de toute progression de l'aile gauche ,qui, exposée au feu meurtrier des mitrailleuses, est dans l'impossibilité d'avancer.

Le IIème bataillon du 90ème n'a pas meilleure chance, et après un bond valeureux en avant, est obligé de se replier sur les positions de départ. Le 75ème (IIIème bataillon) qui avait dès l'aube poussé quelques détachements jusquà courte distance de la ligne qui domine le canal Oise-Aisne, rejoint vers 9h., avec une hardie patrouille, le pont qui est à 600 m. environ au sud de Braye-en-Laonnois.

Mais ces avantages aussi ne peuvent être maintenus. A sa droite, le 19ème d'infanterie, exposé à des pertes très graves, doit, vers 17h. , abandonner les positions qu'il avait occupées dans la journée le long des pentes sud-est du bois Gouttes d'or.

A 17h., à la suite des accords passés entre la 3ème division italienne et la 121ème française, après une brève préparation d'artillerie est tentée à nouveau l'action contre bois Quartier, mais la vigoureuse défense rend vaine toute tentative des attaquants, qui, même ayant obtenu quelques avantages initiaux sont, enfin contraints à regagner leurs lignes respectives.

Dans l'ensemble, au terme de la dure journée la ligne tenue par les nôtres s'écarte de peu de la ligne tenue le matin. Quelques patrouilles, toutefois, se maintiennent dans les environs du canal.

Le soir (20h.45 ) à cause des pertes subies, le IIIème bataillon du 19ème régiment était remplacé par le IIIème bataillon du 20ème régiment et se plaçait en réserve à la ferme de Mont Sapin. Pendant la nuit le 52ème d'infanterie complétait le remplacement des détachements du IIème bataillon du 20ème régiment dans les positions au sud du canal et le IIème du 20ème pouvait ainsi se rassembler tout en réserve à l'ouest de Chavonne.

Dans la journée du 5 octobre, sur tout le front ont été répétées les tentatives pour avancer, mais elles furent nettement contenues par la défense ennemie, qui réagissait partout énergiquement avec mitrailleuses et artillerie. Le peu de progrès obtenus au prix de lourdes pertes en deux attaques organisées et dirigées ensemble par le IIème corps italien et par le XXXVème corps français à 13h. et à 17h.50 - ne purent être maintenus; la situation générale donc resta inchangée.

Au vu de la situation et en prévision du développement futur des opérations, le soir, sur ordre de la 10ème armée, furent suspendues les attaques en cours.

Le commandement du IIème corps ordonna aux commandements dépendants de pourvoir à l'aménagement et à l'organisation des positions gagnées dans un but offensif, de préparer une surveillance vigilante vers le canal, d'améliorer l'occupation, en ayant recours, si opportun, à des actions locales, de réduire en première ligne les troupes à celles strictement nécessaires, en ramenant en arrière les plus fatigués, pour leur donner la possibilité de se reposer et de se réordonner.

 

TRÊVE DES OPÉRATIONS (6-9 octobre -) -

CONQUÊTE DU CHEMIN DES DAMES ( 10 - 11 octobre )

TRAVERSÉE DE L'AILETTE ET REPLI DE L'ENNEMI JUSQU'AUX MARÉCAGES DE SISSONNE (12 - 15 octobre )

 

Du 6 au 8 octobre , pendant la suspension des opérations, les divisions italiennes, selon les directives données par le commandement du corps d'armée, s'occupèrent avec ardeur au renforcement et à l'amélioration des positions conquises, à la réorganisation des détachements et à la relève des unités les plus durement éprouvées.

Le soir du 8, les déplacements effectués, sur la ligne tenue par le IIème corps, de Croix-sans-tête (liaison avec la 121ème division) jusqu'à Hauterive (liaison avec la 52ème division française) l'infanterie était ainsi déployée (de gauche vers la droite) :

- 3ème division, de Croix-sans-tête à la lisière sud du bois de la Bovette : 90ème et 75ème d'infanterie. Les deux régiments avaient le Ier bataillon en première ligne et les bataillons restants en réserve; le IIème/90ème était, toutefois, à Brenelle avec le 89ème d'infanterie; le 76ème était rassemblé, lui aussi en réserve, dans la région entre Pierre d'Ostel et La Noue. Son IIème bataillon (Pierre d'Ostel) était à la disposition du 90ème.

- 8ème division, de la lisière sud du bois de la Bouvette au canal latéral (aux environs du Pont-Arcy) : avait en ligne le IIIème/20ème (à disposition du 19ème infanterie), le Ier/19ème et deux compagnies du Ier/20ème; le long du canal latéral et jusqu'à Hauterive étaient déployés les détachements restants du Ier/20ème et les bataillons du 51ème infanterie (IIème, IIIème et Ier). Le 51ème était en réserve à Vauberlin. La liaison entre les 3ème et 8ème divisions fut portée sur la limite du secteur divisionnaire établi précédemment.

Dans le cours des événements jusqu'ici narrés, l'artillerie avec des déplacements successifs avaient assumé un déploiement toujours plus nettement offensif, afin de permettre non seulement d'appuyer le passage sur le canal Oise-Aisne, mais aussi de suivre les progrès ultérieurs de l'infanterie sur le Chemin des Dames.

Le commandement d'artillerie obéissant aux nouvelles instructions du corps d'armée, le 6 octobre attirait l'attention des commandants des artilleries divisionnaires et du 9ème regroupement P.C. sur la nécessité de ne pas dévoiler à l'ennemi les nouvelles positions; ordonnait au commandement du 9ème regroupement de garder au nord du fleuve seulement la 34ème batterie du XVIIIème groupe, en limitant l'activité à peu de tirs de réglage (pour les tirs normaux des artilleries de m.c. il devait employer la 25ème batterie du XIVème groupe et les groupes français Vème/82ème et VIème/287ème placés dans la zone de Vauxtin; signalait, enfin, l'opportunité de reconstituer, le cas échéant, les groupes de cadres, en déplaçant, si nécessaire, des batteries de campagne du sud au nord de l'Aisne et en reculant celles trop près de la ligne de l'infanterie .En conséquence, dans la nuit du 6 au 7 octobre, des batteries assignées aux régiments d'infanterie furent portées assez en arrière en des positions plus conformes à leur naturel emploi et à la situation du moment.

Le génie veillait à améliorer les artères routières, les ponts et les passerelles sur le canal et sur le fleuve de façon à faciliter le ravitaillement et les déplacements de troupe; à préparer et recueillir le matériel des sections de ponts réglementaires et de circonstance à proximité de points déjà choisis, de façon à pouvoir effectuer rapidement, dès que possible, le lancement de nouveaux passages sur les deux cours d'eau.

Enfin, étaient adoptées toutes les mesures logistiques aptes à favoriser le fonctionnement des divers services dans l'ultérieure continuation des opérations.

Sur les premières lignes, entre-temps, continuait intense l'action de nos patrouilles pour maintenir un contact constant avec l'ennemi et pour en reconnaître la situation, la force et les intentions. L'ennemi, de son côté, se montrait toujours vigilant et prêt à la réaction; particulièrement active était l'artillerie qui, avec un large emploi de projectiles à gaz (lacrymogènes-et-ypérite), battait avec égal acharnement les premières lignes et les réserves, nous causant de graves pertes et beaucoup de désagréments.

Pour chercher à contenir une telle activité, toutes l'artillerie du corps d'armée, appuyée par l'artillerie lourde des 111ème et XXXVème corps d'armée français exécutaient à plusieurs reprises des tirs de représailles.

Puisque en cette période commencèrent à circuler dans la presse et parmi les troupes des voix insistantes selon lesquelles l'Allemagne aurait demandé la paix, le commandement du 2ème corps, pour éviter d'éventuelles surprises, ordonna que la surveillance fût redoublée sur les premières lignes et intensifiée l'action des patrouilles et de l'artillerie.

Dans la nuit du 9 octobre, ayant éliminé désormais toutes les occupations que l'ennemi avait maintenues sur la berge sud du Canal latéral, le 51ème portait la ligne d'observation au canal lui même; comme position de résistance, toutefois, il gardait néanmoins celle qui préexistait le long de la route Vieil-Arcy-Villers -Prayères.

Dans la journée du 9 juillet arrivaient du commandement de la 10ème armée les ordres concernant la conduite à tenir dans le cas d'une ultérieure retraite ennemie.

Dans ces ordres il était dit que des indices variés laissaient prévoir proche un nouveau recul allemand. Les moyens disponibles de l'armée ne permettaient pas de désorganiser préalablement ni d'empêcher une telle manoeuvre, mais il fallait la talonner de près de façon à ne pas concéder de temps à l'ennemi pour s'organiser sur de nouvelles positions.

Tous les corps d'armée en ligne furent donc renforcés avec une division fraîche; mais pour le IIème corps un tel renfort fût seulement prévu.

Les divisions avancées, dans le cas du repli de l'ennemi, devaient d'emblée se porter sur la ligne des hauteurs: La Ferme - La Montagne - Montbavin - Monampteuil - Cense - Madame, qui dominaient la plaine, et maintenir un étroit contact avec l'ennemi. Pendant ce premier bond en avant auraient été jetés les ponts sur l'Ailette et sur le canal; les corps d'armée ensuite se seraient lancés à la poursuite avec deux divisions chacun en premier rang. Pour "donner plus d'ardeur à la poursuite" l'une des deux divisions devait être celle assignée récemment, qui était fraîche.

L'essentiel, concluait l'ordre, était de rejoindre au plus tôt le débouché sur la plaine, c'est-à-dire la transversale Crépy - Laon - Parfondru.

Pendant la nuit les patrouilles détachées à l'avant, comme à l'accoutumée, le long de tout le front du corps d'armée, étaient partout accueillies par le vif feu de la défense, qui se montrait encore très active, effectuant aussi de violentes concentrations d'artilleries avec projectiles à gaz et de nombreux et massifs bombardements aériens.

A l'aube du 10 octobre le 90ème régiment d'infanterie, en accord avec le régiment français à sa gauche, après avoir effectué une incursion vers les positions allemandes en face (tranchée des indochinois) les trouvait sans défense, les occupait et poussait des patrouilles en reconnaissance vers le bois Quartier. Les patrouilles signalaient que l'ennemi se repliait. Immédiatement, le commandement de la 3ème division ordonnait aux brigades Napoli et Salerno de commencer la poursuite, et en avisait le commandement du corps d'armée.

Le Général Albricci, qui était avec son chef d'état major à Cour-Soupir, renseigné de la retraite adverse, ordonnait que la 3ème division se dirige sur Braye-en-Laonnois et sur l'éperon à l'est de cette localité et que la 8ème division dépasse le canal Oise-Aisne ayant comme son premier objectif les hauteurs au nord de Bourg-et-Comin (Madagascar). Il ordonnait aux deux divisions d'aller de l'avant le plus rapidement possible, sans se préoccuper des liaisons latérales et en veillant à la sécurité des flancs avec un échelonnement opportun en profondeur. Au commandement de l'aéronautique il recommandait de développer une active et constante surveillance sur les arrières ennemies.

En suite le général Albricci informait les commandements dépendants des limites du secteur du corps d'armée: Chavonne - Croix-sans-tête- Braye-en-Laonnois- Grandelain et Malval (compris) - Ferme Chaumont - Ferme Courithuy - Bruyères-et-Montberault - Eppes - Marchais - Ste Preuve (exclus) - à l'ouest : Villers en Prayères (compris) - Oeuilly Pargnan- Ailles - Chermizy - Arrancy - Montaigu (exclus) - Sissonne (compris) - à l'est : répartissait le même secteur entre les deux divisions, assignant à la 3ème division les sous-secteur nord-ouest et à la 8ème division le sud-est (ligne de contact entre les divisions, assigné à la 3ème : ancien moulin de Ribaudon - Ferme de Metz-Beaulne et Chivy (exclu) - bois de Prés-Moreaux (exclu) - Piquet, 1km. à l'est de Courtecon-pont sur l'Ailette de la rue de Chamouille (exclu); indiquait aux divisions les routes dont elles devaient se servir dans leurs secteurs respectifs et fixant enfin des axes des liaisons, postes de commandement, ponts à disposition, etc.

L'avancée commençait, ainsi sur tout le front du corps d'armée. Tandis qu'au nord le 90ème et 75ème avançaient rapidement vers le canal Oise-Aisne, le 51ème, au sud, dépasse le canal latéral. Le 25ème bataillon du génie commence sans attendre la construction d'un pont devant Bourg-et-Comin. L'ennemi s'oppose à l'attaque avec un feu violent de mitrailleuses, partant de Pont-Arcy et des hauteurs au nord; les pertes des nôtres sont graves, le jet du pont avance à grand peine, jusqu'à ce que l'action combinée du Ier bataillon du 20ème et du Ier du 19ème réussit à avoir raison de la défense de Pont-d'Arcy enveloppant le pays et en capturant la défense rescapée. Ayant éliminé la défense, le passage s'effectue rapide et régulier.

Au nord, entre-temps, le Ier bataillon du 90ème d'infanterie arrive à Braye en Laonnois (10h.45) harcelant les arrière-garde qui se replient protégeant la retraite avec un large et habile emploi de mitrailleuses. Grâce au 75ème, est surmontée la résistance des mitrailleuses postées en caverne à Moulin-Brulé, il franchit plus au sud (11h.40) le canal Oise-Aisne et avance vers le Chemin des Dames.

Le commandement du corps d'armée, entre-temps, ne néglige pas de solliciter les deux divisions, insistant sur la nécessité que chacune aille de l'avant sans se préoccuper des liaisons latérales; à la 3ème division il recommande, en particulier, de rejoindre au plus vite le haut plateau au nord de Blaye, de façon à faciliter l'avancée de la 8ème qui, aile arrière du corps d'armée, rencontre encore de grandes résistances dans sa marche vers le nord.

Dans l'après-midi des détachements avancés de la brigade Brescia occupaient Moussy et successivement Verneuil-Courtonne : après un bref mais âpre combat à la grenade à main, Beaulne-et-Chivy tombaient aussi en possession des nôtres, qui capturaient quelques prisonniers.

Plus à l'est le 51éme d'infanterie, ayant conquis Bourg-et-Comin après une lutte, tenace avançait le long de la pente sud des hauteurs au nord du pays. Le soir, le Ier/90ème avait rejoint le carrefour de la cote 185 (sud de la Ferme Malval) et la Ferme Les Grelines; les Ier et IIème/75ème s'étaient portés sur l'éperon entre cette dernière localité et le bois Pres-Moreaux; le 19ème (IIIème/20ème et Ier/19ème) avaient dépassé Chivy; le 51ème et le Ier/20ème étaient encore en mouvement pour rejoindre le sommet des hauteurs au nord de Bourg-et-Comin (hauteurs de Madagascar).

Le général Albricci ordonne que dans la nuit une partie de l'artillerie de campagne soit portée au nord et que les troupes continuent la poursuite. Par conséquent, même gênée par l'insuffisante connaissance des lieux, par le terrain rompu par les tirs de l'artillerie qui font large usage de projectiles à gaz et des mitrailleuses, l'avancée continue ininterrompue.

Dans la nuit les obusiers de la 33ème batterie (XVIIIème groupe) prennent position dans la zone d'Ostel. Les 8ème-9ème-10ème batteries du 10éme d'artillerie de campagne montent sur les hauteurs au nord-est de Soupir et, dès qu'elles sont à même de tirer sont rejointe par la 1ère et 2ème Batterie. A 1h le 11 octobre la 3ème division rejoint enfin le Chemin des Dames avec les bataillons avancés du 75ème, et aux premières heures du matin elle peut étendre et amplifier l'occupation.

La 8ème division, aile marchante de la grande conversion à gauche que le corps d'armée est en train d'exécuter, complète dans la journée l'occupation des hauteurs au nord de Bourg-et-Comin (cotes 175-171) et du bois de la Fosse-aux-Fresnes et continue rapidement vers le nord. Moulins, Vendresse-et-Troyon, Paissy sont successivement occupés; vers 12h. même Cerny en Laonnois est une possession des nôtres.

Le Chemin des Dames a été rejoint sur tout le front du corps d'armée : le Ier/90ème, à droite duquel sont entrées en ligne deux compagnies du IIIème bataillon dépasse la route, occupe la Ferme Malval et donc le bord septentrional des monts Chaudron; à sa droite le Ier et le IIème du 75ème se sont portés sur le plateau côté sud de Courtecon à Cerny-en-Laonnois, qui réduit à un tas de décombres, est défendu par le IIIème et Ier/20ème en liaison avec le IIIème/75ème régiment. Le Ier/19ème et le 51ème d'infanterie sont arrivés eux aussi sur le haut plateau et occupent les tranchées immédiatement au sud du Chemin des Dames.

Des patrouilles de fantassins vont sur le bord sud de l'Ailette, cherchant courageusement de passer sur la rive opposée; mais les gaz qui envahissent la vallée entravent leur action.

Dans la même matinée du 11 octobre, le 4ème d'artillerie s'est déplacé en avant plaçant le Ier groupe près de la Ferme Rochefort et les IIème et IIIème groupes dans le bois des Agasses.

L'ennemi, qui sous l'incessante pression alliée était en retraite sur tout le front restant, semblait vouloir maintenant marquer un temps d'arrêt sur l'Ailette. A chaque essai que les nôtres faisaient pour franchir le fleuve répondaient, en effet, de violentes rafales des mitrailleuses à l'affût sur la rive droite du fleuve et même des tirs d'artillerie, de gros calibre. Tous les passages sur l'Ailette avaient été détruits; sur la rive opposée de la rivière s'étendait une profonde zone de tranchées et de barbelés, qui constituait "L'Ailette Stellung", système défensif organisé depuis longtemps et très fourni d'armes. Pour surmonter un tel obstacle il fallait approcher l'artillerie, réorganiser les troupes, et organiser l'attaque.

Le commandement du corps d'armée pourvut en ce sens, tandis que les troupes, bien que durement éprouvées par les combats et par les souffrances de la longue, ininterrompue période passée en première ligne, se préparaient ,enhardies par le succès, à renverser la défense. Toute l'artillerie de campagne et lourde qui était encore au sud de l'Aisne reçut l'ordre de se déplacer dans la nuit au nord du fleuve. Les commandements de la 3ème et de la 8ème division, entre-temps, prédisposaient la prompte reprise des opérations.

Tard le soir , de la part du général Mangin arrivèrent des mots chaleureux d'éloge pour les troupes qui, sous l'énergique commandement du Général Albricci avaient conquis le Chemin des Dames et, arrivés au cours de l'Ailette, le franchirent en plusieurs points.

Dans la nuit et aux premières heures du matin du 12 octobre, l'ennemi se montrait encore et toujours actif sur tout le front; des tirs d'artillerie s'acharnaient avec une violence particulière et avec assiduité sur les positions au sud de la crête du Chemin des Dames.

A 8h., suite à des informations reçues des commandements d'armée qui donnaient comme sure la possibilité que l'ennemi effectue un nouveau repli, le commandement du IIème corps d'armée ordonna aux divisions dépendantes de pousser des détachements au delà du fleuve et de prédisposer le nécessaire pour surmonter rapidement l'obstacle; en même temps il ordonna que l'artillerie se mit au plus tôt dans la possibilité d'appuyer valablement l'avancée de l'infanterie et que le génie jette des passerelles sur l'Ailette et réactive au plus tôt les ponts sur l'Aisne et les routes à travers le Chemin des Dames, réduites à de très mauvaises conditions.

A 11h. , tandis que des détachements d'avant-garde de la 3ème division, passés au nord de l'Ailette, avançaient dépassant les lignes de défense allemandes, le Général Mangin allait au commandement du IIème corps et confirmait la nouvelle du repli de l'ennemi sur le front des corps d'armée voisins.

Le Général Albricci, en donnant la nouvelle aux divisionnaires dépendants ordonnait que les gros aussi franchissent au plus tôt l'Ailette et que chaque division reprenne la marche en avant sans se préoccuper des liaisons latérales.

Sur le front de la 3ème division l'avancée reprend rapidement; sur celui de la 8ème par contre toutes les tentatives de franchir la rivière sont fortement contrariées par le feu de la défense.

Les détachements de la brigade Salerno (Ier et IIIème /90ème), entre-temps, ont franchi l'Ailette aux alentours d'Ecouffaux et, à 10h.25 occupent Grandelain-et-Malval, se dirigeant ensuite sur Colligis et Pancy qu'ils conquirent vers 15h. A droite, l'avant-garde de la brigade Napoli (75ème), ne trouvant aucun passage sur la rivière, utilise elle aussi le pont d'Ecouffaux et , surmontée la résistance que l'ennemi lui oppose dans le bois de l'Epine, occupe Chamouille dans l'après-midi. Mais, des hauteurs à droite de la localité, des feux croisés de nombreuses mitrailleuses et des pièces de petit calibre battent les troupes de la brigade Napoli et celles de la 8ème division en train de franchir le fleuve.

Une prompte concentration d'artillerie, exécutée aussi avec des projectiles fumigènes, et la progression du 75ème d'infanterie qui avance en direction de Martigny et Courpierre, contraignent les arrière-garde ennemies à se replier graduellement. Les troupes avancées de la 8ème division franchissent elles aussi l'Ailette.

Le soir, le Ier et le IIIème bataillon du 90ème d'infanterie étaient arrivés aux pentes des hauteurs au nord de Colligis et de Pancy; les bataillons Ier et IIème du 75ème avaient poussé leur occupation sur les hauteurs mêmes au N.E. de Chamouville; le IIème/19ème s'était déplacé jusqu'à la lisière méridionale du bois de Neuville; le 51ème d'infanterie (IIème et Ier bataillon), avait occupé Neuville, avait rejoint la falaise au nord du pays.

Le commandement du corps d'armée ordonne que le lendemain soit poursuivie la marche en avant de toutes les troupes et ordonne au groupe des chasseurs à cheval Lodi de se déplacer au plus tôt à Festieux avec tous les chevaux disponibles. Les deux commandements de division fixèrent comme objectif à réaliser le jour suivant, le Chemin-de-fer Eppes-Montaigu.

Dans la nuit obscure et pluvieuse furent jetés les ponts de circonstance et des passerelles sur l'Ailette, dont les bords marécageux constituaient un obstacle peut-être plus important que le courant lui même. Pour aggraver encore plus les difficultés du passage à travers la plaine où coule le fleuve, l'ennemi, avec d'intenses concentrations d'artilleries avait créé de vastes zones ypéritées. Toutefois, les troupes et l'artillerie surmontèrent tous les obstacles et continuèrent leur passage au nord du cours d'eau.

A 3h. le 13 octobre, le IIIème bataillon du 51ème rejoint et occupe Chermizy; dans l'aube livide tout le front reprend la marche en avant, sans, en vérité, rencontrer de fortes résistances. Les villages de Monthenault, Martigny-Courpierre, Ployart-et-Vaurseine, Bièvres, Cheret, Orgeval, Montchalons sont successivement occupés. L'avancée continue encore vers la Souche; le 90ème occupe l'éperon à nord de la Ferme Catherinettes, Parfondru et Veslud ; le 76ème, qui avait remplacé en avant-garde le 75ème, rejoint la hauteur entre Veslud et Festieux; le 19ème pénètre en Fastieux, tandis que la cavalerie entre en Mauregny, accueillie avec un émouvant enthousiasme par un millier de civils français.

Le soir, les avant-gardes des colonnes centrales, gênées par de faibles arrière-gardes, rejoignent le chemin de fer Laon-Reims, (le 76ème occupe le tronçon entre Coucy-les-Eppes et le Calvaire, le 19ème le tronçon au nord de Montaigu); à la gauche du corps d'armée le 89ème, qui avait remplacé le 90ème en avant-garde, avait des éléments avancés au nord de Veslud sur la route Laon-Reims) tandis qu'à l'aile droite le 51ème, plus en arrière, était encore en mouvement vers Mauregny.

Dés 18h. le général Albricci avait ordonné à la 8ème division, au prix de n'importe quel sacrifice, d'occuper au plus vite Sissonne. Le général Beruto avait confié à la brigade Brescia la tâche d'envoyer à Sissonne un détachement des "Arditi" avec mitrailleuses et pistolets-mitrailleurs et, afin de réaliser cette occupation avec le maximum de célérité possible, avait mis à disposition de la Brescia deux camions pour le transport du premier détachement d'occupation et pour l'envoi successif d'autres troupes.

A 19h.30 le général Albricci, conscient de l'importance capitale que la possession de Sissonne avait pour le développement ultérieur des opérations, car Sissonne était le seul débouché d'une certaine importance dans la vaste zone marécageuse et impraticable en face de laquelle le IIème corps s'était trouvé, renouvelait à la 8ème division l'ordre de s'emparer solidement du pays dans la matinée du 14 au plus tard, avec une particulière attention aux débouchés vers le nord et l'est, engageant, le cas échéant dans l'occupation une brigade complète, avec recours, si nécessaire à un attaque à fond. Il décidait, en outre, que, dès que Sissonne serait occupée, fussent envoyés des éléments explorateurs de cavalerie sur le front Lappion-Boncourt.

En même temps, il ordonnait à la 3ème division de progresser à cheval sur la route qui mène de Coucy à Sissonne, allant jusquà la hauteur de Marchais, d'appuyer avec le feu de son artillerie l'action de la 8ème et d'envoyer des détachements en reconnaissance pour préparer des passages sur le canal d'assèchement, qui se déroule parallèle au front du corps d'armée. Ordonnait, en outre, pour la constitution à Festieux d'une réserve de corps d'armée, formée du IIème détachement d'assaut et des 4 compagnies de mitrailleuses de corps d'armée.

Le commandement d'artillerie mettait temporairement le XIVème groupe canons de 105 à la disposition tactique de la 3ème division et assignait à la 8ème division le XVIIIème groupe d'obusiers de 149. Mais il ordonnait au groupe canons de se tenir relié aussi avec le commandement d'artillerie de la 8ème division, de façon à pouvoir intervenir contre les objectifs que les obus de 149 ne pouvaient atteindre. Aux deux groupes il ordonnait de se porter le plus avant possible. Il ordonnait, enfin, pour les groupes français (Vème/82ème et VIème/287ème) de choisir, dans le cours de l'avancée ultérieure, les positions où ils leur étaient possible d'agir sur tout le front du corps d'armée, considérant toutefois qu'au Vème/82ème était confié comme secteur normal pour l'appui celui de la 3ème division et au VIème/287ème celui de la 8ème.

Entre-temps, la 8ème division avait reçu des nouvelles qui donnaient Sissonne comme déjà occupée par des troupes françaises, ordonnait (21h.30) que le matin du jour suivant, le 14 fut reprise et rapidement continuée l'avancée par la brigade Brescia avec le caractère de marche et avec mesure de sécurité et avec la tâche de rejoindre Dizy-le-Gros. A la brigade Alpi il ordonnait de se rassembler entre Mauregny et Montaigu, prête à bouger au premier signe.

Le matin suivant le Général Albricci assistait personnellement à l'écoulement de la brigade Brescia; après il allait au commandement de la 8ème division à Montaigu et confirmait l'ordre de dépasser rapidement Sissonne avec tous ses engins de façon que le lendemain le débouché puisse être disponible pour la 3ème division.

Entre-temps, le 89ème d'infanterie qui aux premières heures du matin avait rejoint le chemin de fer dans le tronçon entre Eppes et Coucy-les-Eppes franchissait à 8h. le passage à niveau de Coucy, occupait la cote 108 au nord est de La Paix et se rangeait à cheval de la route Coucy-Sissonne poussant des éléments avancés à Tarlapierre, à la ferme Pagneux, au Vieux-Moulin.Dans les bois au carrefour de La Paix se rassemblait au même moment l'autre régiment de la brigade (90ème), tandis que la Napoli se rassemblait près de Coucy-les-Eppes.

Le commandement de la 10ème armée communiquait entre-temps que la voisine, 5ème armée, pour faciliter le dépassement de la zone marécageuse au N.O. de Sissonne, avait reçu l'ordre de manoeuvrer opportunément avec l'aile gauche et que par conséquent la 5ème armée avait ordonné à son IIIème corps de marcher sur Boncourt, se servant momentanément aussi de la zone du IIème corps italien. Ce dernier était , à son tour, autorisé à utiliser le territoire du IIIème, dans le cas où, tombée Sissonne, il devait rencontrer encore des difficultés pour déboucher au delà des étangs. Les limites de secteur précédemment fixés auraient été rétablis après, et le IIème corps aurait encore la libre disponibilité de la route Sissonne-Lappion- Dizy-le-Gros.

A 11h. , le groupe Cavaliers Lodi, qui devançait la Brigade Brescia, entrait en Sissonne, battue avec violence par l'artillerie ennemie et contactait les détachements français du IIIème Corps, qui étaient arrivés de la plaine au sud-est pour réaliser la manoeuvre prévue pour eux.

Les mitrailleuses postées sur des lignes de défense construites au nord et nord-est du pâté de maisons, renforcées de vives sections d'artillerie, empêchaient à la gauche du corps français de déboucher du pays. Le commandant de la 8ème division ordonnait (13h.20 ) à la brigade Brescia - faire arrêt à la limite nord du bois de Garennes - de se porter à la hauteur des français et de s'ouvrir la route vers Boncourt, envoyant des détachements vers Ste Preuve. et en se couvrant le flanc gauche entre cette dernière localité et les étangs au N.O. de Sissonne.

Le chef d'état major de la 8ème division, après être allé dans les premières lignes et se rendant compte de la situation qui s'était créée à Sissonne, pour garantir à la division l'espace de manoeuvre nécessaire, se mettait d'accord avec celui de la 6ème division française (aile gauche du IIIème corps) pour que le IIème bataillon du 20ème d'infanterie italien (avant-garde de la brigade Brescia) puisse se déployer entre les marécages au nord-ouest de Sissonne et la route Sissonne-Lappion (exclue) remplaçant les troupes françaises qui occupaient ce tronçon du front.

En même temps les deux commandements d'artillerie prenaient les accords opportuns pour un concours de feu réciproque .Le commandant du corps d'armée, de son côté, (15h.55) renouvelait aux divisions l'ordre, déjà donné de vive voix le matin, de dépasser au plus vite Sissonne. La résistance de l'ennemi toutefois se manifestait telle que chaque tentative accomplie en amicale concomitance d'efforts entre la 8ème division italienne et la 6ème française ne réussissait pas à avoir raison de la défense et à déboucher au nord de l'agglomération.

Vu la situation en faite, et vu les ordres de l'armée donnés le matin, le général Albricci ordonnait (à 21h.15 ) que pour déboucher au nord de Sissonne la 8ème division devait manoeuvrer par sa droite, pénétrant provisoirement dans la zone du IIIème corps. Dans ce but on devait prendre les accords opportuns avec le commandement de la 6ème division française pour arriver à une répartition du front de combat. qui lui consentit d'opérer, avec au moins un autre bataillon, en première ligne, au nord et au nord-est de Sissonne.

Après avoir établi l'accord avec la division française, le commandement de la 8ème division ordonnait dans la nuit qu'un bataillon (le IIème) du 19ème d'infanterie remplace le bataillon français qui se trouvait en ligne sur la droite du IIème bataillon du 20ème. Nos deux bataillons, à la reprise de l'avancée, devaient constituer l'avant-garde de la 8ème division et, suivis par les régiments respectifs, devaient avancer : le IIème/20ème sur l'axe de marche Sissonne-Boncourt- Ville aux bois et le II/19ème sur la direction Sissonne, Lappion, Dizy-le-Gros. Les autres troupes de la division devaient se tenir prêtes à avancer elles aussi au premier signe.

Le matin du 15 octobre, le commandement du IIème corps ordonnait aux divisions et aux commandants d'artillerie et du génie de bien préparer tous leurs éléments respectifs et, de faire au plus tôt reconnaître et mettre en état les routes pour faciliter l'avancée et les liaisons derrière et de préparer matériels et ravitaillements.

Puis, à la suite de l'ordre reçu de la 10ème armée le 13 octobre, le général Albricci, en communiquant aux commandements dépendants, les limites du secteur assigné au corps d'armée pour la suite ultérieure des opérations, ordonnait que, après avoir surmonté les résistances ennemies autour de Sissonne, l'avancée fut reprise avec les divisions accolées (8ème à droite) et, par conséquent, il leur assignait les routes dont ils devaient se servir.

La 8ème division, prit les accords opportuns avec la 8ème française, diffusait, en attendant, (8h.30) les ordres pour l'attaque. Le commencement de l'action était fixé à 12h.15; la première à se mettre en marche devait être la 8ème division française, chargée de la conquête des positions de Mont-Simon-Legrand. Pendant cette première phase la brigade Brescia devait veiller à la protection du flanc gauche français, en suite elle devait aussi entrer en action, ayant pour premier objectif les hauteurs de la Rochelle et comme deuxième objectif les hauteurs qui dominent au sud la grande fosse entre Lappion et Ste Preuve.

A l'heure indiquée toute l'artillerie disponible du IIème corps commençait le tir de préparation sur le premier objectif, dans l'attente de la progression française. Mais la réaction de l'adversaire avec mitrailleuses, lance-bombes, mortiers et artillerie était telle que la 6ème division française, malgré l'élan héroïque de son infanterie, ne pouvait atteindre que de faibles avantages.

L'action de la 8ème division n'avait, donc, pas la possibilité de se développer et les bataillons en ligne réussissaient seulement à porter en avant leurs propres lignes d'à peine une centaine de mètres. La 3ème division, à son tour, concourrait à l'attaque tant avec le tir de l'artillerie, qu'avec l'action de groupes d'infanterie poussés vers le canal d'assèchement. De l'intensité de la défense apparaît clairement toutefois que l'ennemi tirant profit du terrain et de l'organisation défensive comptait imposer un nouvel arrêt à l'avancée.

Le deuxième corps d'armée, après l'irrésistible conquête du Chemin des Dames et l'avancée rapide des jours suivants, était contraint maintenant de maîtriser son ardeur et à s'arrêter devant un terrain de par sa nature presque impraticable et formidablement défendu par cette "Hunding Stellung" que les allemands avaient organisée dès avril 1917.

Le secteur que le IIème corps défendait entre Sissonne (est) et Ferme Benicourt (ouest) faisait face, en fait, à une ample région de canaux et de marécages praticables seulement le long d'insuffisantes, difficiles et étroits chemins.

Un profond canal de drainage le traversait avec cours parallèle au front défensif ennemi; aux défenses naturelles les Allemands avaient ajouté d'amples élargissements auxquels les pluies persistantes ne manquaient pas de donner leur concours.

Les seuls débouchés dont les italiens disposaient pour se déplacer au delà du marais étaient ceux qui partaient de Sissonne; tous les autres, représentés par les cartes - auxquelles il a été fait allusion - étaient barrées par les Allemands au sud du canal; plus au nord un groupe de hauteurs surveillait et dominait facilement le maigre terrain sur lequel le IIème corps aurait pu tenter d'agir.

Difficultés de ravitaillement, d'approvisionnement, de terrain, de climat, de défense avaient été jusqu'ici surmontés avec bonheur par l'indomptable volonté des commandants et la bravoure des troupes : le général Mangin lui même l'avait reconnu dans son récent éloge; mais maintenant la situation était telle que seul le strict concours des unités latérales pouvaient surmonter les obstacles matériels qui s'opposaient à n'importe quel progrès ultérieur de nos troupes.

L'action du IIème corps, d'après les directives des commandements supérieurs, fût donc bloquée et subordonnée à celle des corps d'armée latéraux, auxquels, pour les difficultés du terrain sur lequel ils étaient appelés à agir, et pour la plus large disponibilité de moyens , était confié l'effort principal; le IIéme corps devait inévitablement attendre de pouvoir reprendre l'action en un deuxième temps.

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